Aux Etats-Unis, plusieurs patients se sont récemment vus refuser des greffes d'organes au motif de leur consommation de marijuana, quand bien même celle-ci intervenait dans un but médical et était non seulement autorisée par les lois de l'Etat fédéré mais également obtenue par prescription médicale.
Timothy Garan, un musicien de 56 ans, s'est vu retiré de la liste des receveurs d'organes pour des raisons relevant de son utilisation et sa dépendance à la marijuana, ainsi que de sa condition physique. Certains médecins considèrent que la marijuana pourrait contrevenir au succès de la greffe d'organes. Son médecin de famille avait prescrit ce médicament pour soulager la douleur, pour l'aider à retrouver son appétit et le sommeil. Garan souffre d'hépatite C, une maladie qui a pour effet de détruire le foie. Il n'existe aucune garantie qu'un nouveau foie ne sera pas à son tour infecté par l'hépatite.
Aux Etats-Unis, des normes très rigoureuses encadrent les décisions d'inscriptions émises par un comité sur la liste de transplantation d'organes. Une de ces règles impose aux professionnels de santé d'examiner les probabilités de dépendances à l'alcool ou les drogues, ainsi qu'une foule d'autres facteurs destinés à déceler si le patient présente d'autres problèmes de santé. L'alcool peut contribuer à de nombreux problèmes de foie, tandis que l'usage de drogues pourrait potentiellement entraver la greffe du destinataire chez le receveur.
Un comité hospitalier de transplantation d'organes doit étudier la situation dans son ensemble afin de déterminer le meilleur choix pour le receveur. En l'espèce, les membres du comité n'ont pas uniquement pris en compte le fait que Garan était dépendant au cannabis, mais ont dû examiner également les autres prédispositions médicales.
Au regard de la combinaison de ces deux facteurs, son foie à défaut, ses chances de succès d'une intervention chirurgicale ont été interrogées, et donc le foie mai n'ont pas été utilisés pour les meilleures prestations.
La système national de transplantation est géré aux Etats-unis par le Réseau de partage d'organes, mais il s'en remet aux différents hôpitaux afin de déterminer les paramètres autour de la transplantation des candidats pour leurs hôpitaux. Bien que la marijuana à usage médical a été légalisée par douze Etats, elle est toujours illégale par la loi fédérale, les comités hospitaliers ont donc de nouveaux obstacles à surmonter lors de la fixation de leurs règlementations en matière de don d'organes. Ils doivent décider des paramètres relatifs de la situation d'une personne ayant utilisé la marijuana prescrite par un médecin.
Les personnes ayant fait l'objet d'une transplantation doivent généralement prendre des médicaments pour que leur système immunitaire ne rejette pas le greffon et afin de prévenir les infections. La marijuana semble affecter le système immunitaire et favorise le développement des infections, une des principales causes de décès chez les greffés. Les patients souffrant d'insuffisance hépatique sont susceptibles de conserver la marijuana plus de temps à cause du mauvais fonctionnement de leur foie. Le foie joue le rôle d'un filtre qui élimine les substances ingérées par l'organisme. Lorsqu'une personne est atteinte par une affection du foie, la drogue assimilée pourrait alors rester dans le corps plusieurs jours. Force est également de rappeler que la marijuana est une substance naturelle et cause plusieurs effets secondaires, tels que la somnolence, et des troubles de la mémoire. Le fait que la marijuana demeure une substance naturelle, implique qu'elle peut porter des germes tels que l'aspergillose, un champignon à l'origine de la pneumonie.
A plusieurs reprises, certaines commissions des services hospitaliers en charge de cette matière ont rejeté des demandes de don d'organes dès lors que des signes de toxicomanie étaient relevés sur les patients, faisant fi des éventuelles justifications médicales. Toutefois, certains hôpitaux prévoient que la non-utilisation de marijuana durant une période de 6 mois peut convertir ce refus et permettre au patient de formuler une nouvelle demande. Actuellement environ 98 000 patients aux Etats-Unis sont inscrits sur la liste des demandeurs d'organes liste et seulement 6000 d'entre eux reçoivent une greffe chaque année.
Les services hospitaliers estiment que, si quelqu'un utilise une substance de drogues, même si la marijuana à des fins thérapeutiques n'est pas considérée comme une drogue par les autorités, il lui sera difficile de se passer de cette substance après la greffe. L'Utilisation de la substance après l'intervention chirurgicale pourrait endommager le nouvel organe et affecter la façon dont l'organisme du patient réagit à la transplantation. S'il est difficile pour les patients qui se voient refuser une transplantation en raison de leur passé ou présent usage de drogues d'accepter cette décision, notons que les comités hospitaliers ont également une tâche difficile en étant chargés de déterminer quel sera le meilleur scénario qui sera envisagé pour un organe. Ceux-ci doivent examiner avec précaution tous les aspects et choisir le meilleur candidat pour chaque organe.
En France, la Loi du 6 août 2004 relative à la Bioéthique entérine les articles inhérents au principe de sécurité sanitaire déjà initié par le législateur en 1994, en prévoyant que les prélèvement d'éléments et la collecte de produits du corps humain à des fins thérapeutiques, sont soumis aux règles de sécurité sanitaire en vigueur, concernant notamment les tests de dépistage des maladies transmissibles.
Les dispositions de la Loi Bioéthique de 2004 sont venues étendre en revanche le domaine d'application de ce principe à toutes les étapes de la transplantation et consacrer la règle de la balance entre avantages et risques.
L'article L. 1211-6 du Code de la santé publique énonce en ce sens que « Les éléments et produits du corps humain ne peuvent être utilisés à des fins thérapeutiques si le risque mesurable en l'état des connaissances scientifiques et médicales couru par le receveur est supérieur à l'avantage escompté par celui-ci ».
A contrario, ces éléments et produits peuvent être utilisés à des fins thérapeutiques si le risque encouru est inférieur à l'avantage escompté.
L'Agence de la Biomédecine, elle même créée par la Loi Bioéthique de 2004 a repris les missions de l'Etablissement français des greffes et supervise les professionnels chargés d'apprécier l'opportunité de l'utilisation des prélèvements d'organes, de tissus et de cellules à la lumière d'une sélection clinique, procédant de plusieurs examens médicaux.
Rappelons enfin que la France interdit l'emploi de la marijuana à des fins thérapeutiques. Lire l'article sur la Marijuana- illégalité d'une drogue ou d'un traitement médical?
Heather Hajek et Shana Maniante
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