Femmes Santé

L'excision, vaincre les tabous et réparer les dommages


Published: Dimanche, 20 janvier 2008
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L’excision est une mutilation de l’appareil génital féminin, dont on estime à plus de 100 millions le nombre de victimes dans le monde. En France bien qu’il soit difficile de recenser les cas, elles seraient près de 30000 victimes. De jeunes femmes ou des adolescentes, sont toujours menacées à l’occasion de vacances dans leur pays d’origine.


De quoi s’agit il ?

L’excision existe sous trois formes. La plus courante est la clitoridectomie, il s’agit de l’ablation intégrale ou partielle du clitoris ou des petites lèvres. La sunna appelée également « excision symbolique » consiste en l’ablation de l’extrémité du clitoris, le prépuce. Dans sa forme la plus grave, l’infibulation, on ôte la totalité du clitoris ainsi que les petites et les grandes lèvres. A l’extrême, après cette mutilation, les grandes lèvres sont cousues, seul un petit orifice permet de laisser s’écouler les flux menstruels et l’urine.

Le poids de la tradition

Elle est surtout pratiquée dans des pays d’Afrique et certaines régions du Moyen-Orient, pour la plupart des États musulmans. De ce fait beaucoup l’associent à l’Islam, mais les spécialistes s’accordent à dire qu’aucun texte religieux ne préconise cette pratique. Pureté, virginité, fidélité,… selon les régions et les ethnies, les raisons de cette pratique diffèrent. Le sujet est tabou, la pression sociale et le risque d’exclusion de la communauté rendent difficile la mise en question de cette pratique. De ce fait, il est impossible pour nombre de femmes de se rebeller contre cette tradition.

Les conséquences

Dans les milieux ruraux des femmes, les exciseuses, pratiquent l’intervention au moyen de lames de rasoir ou de couteaux, sans anesthésie. Les conditions d’hygiène, la douleur ou des hémorragies ont parfois raison de la vie des fillettes. Quelque soit la méthode, ces femmes resteront marquées physiquement et psychologiquement par ces mutilations. Nombre d’entre elles souffriront toute leur existence de problèmes de santé chroniques : infections, douleurs, dysfonctionnements rénaux, stérilité. Par ailleurs les rapports sexuels sont ensuite souvent synonymes de tortures. Enfin, outre la douleur, l’excision peut engendrer de graves complications lors de l’accouchement, pouvant aller jusqu’au décès de l’enfant ou de la mère.

Chirurgie réparatrice

Un urologue français, le Docteur Pierre Foldès, a mis au point une technique chirurgicale visant à reconstituer le clitoris. Dans la plupart des cas, le nouveau gland clitoridien retrouvera à terme un aspect normal avec un retour progressif à la sensibilité. Néanmoins, ces femmes n’ayant souvent aucun point de comparaison, le résultat reste de ce point de vue difficile à évaluer. Afin d’accompagner les patientes dans cette démarche, elle sont systématiquement orientées vers un suivi psychologique. A noter que cette intervention est aujourd’hui considérée comme une acte de chirurgie réparatrice, aussi elle est prise en charge par la sécurité sociale.

La France condamne sévèrement cette pratique. Afin de renforcer la lutte contre l'excision, la loi relative aux violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente a été modifiée en avril 2006. Désormais, le délai de prescription en matière d'action publique passe de dix ans à vingt ans à dater de la majorité de la victime. La répression des mutilations sexuelles commises à l'étranger est renforcée. Est également prévu la possibilité de lever le secret professionnel. Par ailleurs, toute personne ayant connaissance du risque d'excision que court une enfant a l'obligation de le signaler sous peine d'être sanctionné pour non-assistance à personne en danger.