Santé Famille

Critères de choix en cas de pandémie - Quels patients devront mourir ou être sauvés en cas de pandémie?


Published: Lundi, 12 mai 2008
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La principale difficulté à laquelle se trouve confronté un médecin face à une grave pandémie est de statuer sur quels critères il devra laisser une catégorie de malades livrés à leur propre sort. Dans cette situation, le corps médical doit faire face à un cruel dilemme, lorsque, sachant que tous les patients malades ne pourront être sauvés au cours d'un désastre pandémique. Ils seront contraints de choisir ceux qui devront vivre et ceux qui devront mourir.

Cette semaine, une Commission composée d'éminents médecins s'est penché sur ce sujet plus que délicat. Après réflexion, ils ont élaboré une liste de critères spécifiques. Ainsi, dans le cas d'une catastrophe de ce type, cette liste servira de base pour sélectionner les malades atteints par la maladie qui devront être écartés de toutes tentatives de soins de survie.

Ces critères qui déterminent le niveau médical d'intervention le moins prioritaire concernent les cas de victimes traumatologiques sévères, les individus très agés, les cas de brulures très graves ainsi que les sujets atteints de graves troubles de démence.

Cette liste a été dressée par un comité de pilotage réunissant l'élite du corps médical, des universitaires de renom ainsi que des membres du corps militaire. Elle comprend également des représentants du gouvernement tels que la Commission de contrôle de santé et d'hygiène publique, le Département de la sureté du territoire, ainsi que le Département des prestations à la santé et d'assistance à la personne. Selon les propros du Dr. Asha Devereaux, ce référentiel est considéré comme une source incontournable pour tous les hôpitaux en situation de grippe pandémique ou toute autre forme de désastre sanitaire, afin de s'assurer de l'uniformité d'une ligne de conduite. Le Dr. Asha Devereaux est l'auteur principal de la Commission et officie en tant que spécialiste des soins critiques.

L'objectif de ces mesures vise à rationnaliser des moyens restreints eu égard à la situation comme par exemple le recours à des médicaments, des appareils respiratoires, et la mobilisation du personnel médical qui doivent être optimisés selon des directives communes. Ces principes sont rappelés dans un article repris dans l'édition du mois de Mai de la revue médicale Chest de « american college of chest physicians ».

« Si une catastrophe sanitaire devait se produire à ce jour, nous devrions renoncer à sauver des vies en raison d'insuffisance de moyens alors qu'en temps normal celles-ci seraient épargnées » peut on lire dans ce rapport.

Afin de parer à toute éventualité de sinistre, cette commission a également indiqué que les hôpitaux devaient désigner une équipe décisionnaire propre et dont la mission aura pour responsabilité, (extrêmement délicate, il faut en convenir) de déterminer la population de patients qui pourra bénéficier de soins de survie.

Les malades qui ne bénéficieront pas de ces soins seront probablement condamnés à une mort à court terme.

Le champ d'application sera d'autant plus spécifique qu'il devra s'appuyer sur les critères désignés ci-après. Le patient devra :

  • Etre âgé de plus de 85 ans
  • Etre atteint de très graves préjudices traumatiques
  • Etre atteint de très graves brulûres s'il est agé de plus de 60 ans
  • Etre atteint de graves troubles mentaux
  • Etre atteint d'une grave maladie incurable.

Le Directeur du Bureau pour la mise en condition opérationnelle des interventions d'urgence, le Dr Kevin Yeskey, a déclaré que ce rapport devra figurer parmi les directives opératoires des institutions concernées afin d'être à même d'intervenir de manière la plus efficiente en temps voulu.

Lawrence Gostin, Expert(e) légal de l'University de Georgetown sur la santé publique a déclaré que cette démarche était d'une initiative nécessaire ; mais elle sera certainement à l'origine d'une profonde polémique. En tout état de cause, et selon son discours, cette action arbitraire est en totale contradiction  avec les lois fédérales qui condamnent toute attitude  discriminatoire envers des sujets invalides ou agés. 

Si le principe est appliqué dans le détail, ces règles écarteront immanquablement de tout soin une population pauvre et défavorisée, souffrant de troubles chroniques, tandis que le rationnement sera de rigueur dans le cas d'un désastre de ce type. Cette façon d'envisager les choses n'est pas sans soulever moult questions d'éthique.

Selon James Bentley, le vice président de l'Etat Major de l' « american hospital association », ce rapport vise à fournir aux hôpitaux des mesures phares pour qu'ils puissent établir leur propre plan d'action, même s'ils ne suivent pas le modèle à la lettre. Il explique ainsi que cette démarche tend plutôt à organiser un plan de bataille sommaire. L'idée principale réside dans le postulat selon lequel les soins médicaux sont plutôt destinés à une population susceptible de satisfaire à des critères de survie probable. Il a également ajouté que différentes approches avaient déjà été étudiées de par le passé par des groupes de spécialistes afin de pallier à un sinistre pandémique, mais celui qui a été présenté dernièrement est sans équivoque le plus abouti de tous.

La réflexion touchant au mode de rationnement des soins représente un travail qui n'a rien de plaisant. Cela étant, la population doit comprendre que cette tâche est incontournable. Le Dr Asha Devereaux reconnaît que l'analyse des critères subordonnantant l'accès aux soins de survie fût à l'origine d'un cas de conscience majeure et difficultueux, d'autant qu'un événement sanitaire aussi grave pourrait survenir dans des délais que l'on ne soupçonne pas.